Alors oui, le plus simple serait de commencer un article sur le dernier film de Steven Spielberg en plaçant des insultes truculentes du Capitaine Haddock en exergue. D'ailleurs, cela pourrait être justifié tant ces nouvelles aventures de Tintin consacrées au Secret de la Licorne offre la part belle au descendant du Chevalier François de Hadoque (joué par Andy Serkisen, le Gollum du Seigneur des Anneaux).
Jamie Bell rajeuni
Mais nous n'avons pas envie de débuter avec des insultes. D'autant que cette version très personnelle de Tintin n'est pas une catastrophe. Cinématographiquement d'abord, c'est une réussite. Le principe de la motion-capture (captation de mouvement) permet à de vrais acteurs d'évoluer dans un univers totalement reconstitué afin de rappeler les dessins d'Hergé. Dans cet environnement, Jamie Bell campe un parfait Tintin. Evidemment, les traits de son visage ont vieilli depuis Billy Elliot (il y a 11 ans maintenant). Mais l'acteur britannique de 25 ans garde sa fraicheur enfantine et on peut même apercevoir quelques pas de danse lors des scènes de bagarres et des nombreuses péripéties (course-poursuite, arrestation, fuite,...). Le fait d'avoir lissé son visage lui donne d'ailleurs un aspect de Tintin très jeune (peut-être trop ?) ce qui procure une sorte de décalage avec l'intelligence du héros, sa culture, sa spontanéité et son dynamisme.
Daniel Craig vieilli
Heureusement, Daniel Craig est lui au contraire exagérément vieilli. Le James Bond de 43 ans campe deux rôles dans ce film : le terrible pirate Rackham le Rouge (frémissant de réalisme) et son descendant Ivan Ivanovitch Sakharine. C'est d'ailleurs peut-être là la seule véritable entorse à la vision d'Hergé. Alors que tous les autres personnages du film correspondent à leur pendant BD, seul Sakharine (à l'origine "gentil") se mue-t-il en méchant. A priori, le tortionnaire Allan (joué par Daniel Mays) ne suffisait pas à Spielberg pour camper le rôle du comploteur.
Des précédents laborieux
On touche peut-être là d'ailleurs la limite du genre. Difficile de retranscrire le génie d'Hergé. Il réside uniquement dans son œuvre et les adaptations cinématographiques des aventures de Tintin (Le Mystère de la Toison d'Or, 1961 ; Les Oranges bleues, 1964) ne resteront pas dans les annales. La version de Spielberg est assez personnelle, très enlevée. Elle se permet de remodeler le scénario de trois albums (Le Crabe aux Pinces d'Or, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge). Elle garde toutefois l'essentiel du scénario (on ne peut pas tout enlever à Hergé) et fait, à de nombreuses reprises, appel à des références que seuls les lecteurs de Tintin peuvent apercevoir.
D'ailleurs, comment va réagir le public américain ? Le casting est international, connu, reconnu. Le réal est un maître du film d'aventure. Cela suffira-t-il à faire connaître Tintin outre-Atlantique ? Là-bas, le reporter belge n'est connu que par le visage de Jamie Bell.
Gad Elmaleh en guest
Spielberg profite de la fraicheur de ses compatriotes pour leur proposer un Tintin neuf. Fini l'époque du boy-scout européen, bonjour le reporter international tellement anglo-saxon. Tintin ne se lie pas au Capitaine Haddock par amitié, comme dans les albums, mais par profit (il a besoin de lui pour décrypter les parchemins écrits par son aïeul). C'est dommage... En tout cas, les spectateurs américains (qui découvriront le film le 23 décembre, pour les vacances de Noël) retrouveront notre frenchy Gad Elmaleh (déjà découvert chez eux dans Midnight in Paris, de Woody Allen) en Omar Ben Salaad. On ne vous le cache pas, il ne s'agit pas là du plus grand rôle de notre Chouchou. Mais tourner avec Spielberg, ne serait-ce que 2 minutes, ce n'est un secret pour personne, c'est déjà un grand trésor.