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"Si François Hollande est élu, Valérie Trierweiler devra trouver un mode de relation à l'autre plus ouvert et plus généreux"

Article par , le 11/04/2012 à 13h59 , modifié le 16/04/2012 à 12h46 69 commentaires

A l'occasion de la sortie du livre Pour le pire et pour le meilleur, nous nous sommes entretenus avec l'une des deux auteurs, la journaliste Nicole Leibowitz.

Dans leur livre Pour le meilleur et pour le pire, Nicole Leibowitz et Elisabeth Schemla dressent le portrait de cinq "femmes de", cinq femmes prises dans le tourbillon politique par amour de leur compagnon. Parmi ces cinq femmes, Carla Bruni Sarkozy et Valérie Trierweiler occupent plus particulièrement la Une des médias. Au lendemain du meeting de Rennes du candidat François Hollande qui a vu les retrouvailles de Ségolène Royal avec François Hollande sous l'oeil de la nouvelle compagne de celui-ci, Nicole Leibowitz brosse le portrait en creux de Valérie Trierweiler (Valérie Trierweiler est la seule à ne pas avoir souhaité rencontrer les auteurs). Journaliste politique, "femme de","ménagère de moins de 50 ans" comme elle aime elle-même à se qualifier. Qui se cache derrière les tweets et le sourire de cette femme projetée sous la lumière des projecteurs ?

 Meeting Rennes Trierweiler Royal

Quelle lecture faites-vous des retrouvailles entre François Hollande et Ségolène Royal au meeting de Rennes mercredi dernier ?
François Hollande a fait le service minimum en accueillant Ségolène Royal sur scène... On ne peut pas dire que ce fut fait de façon très chaleureuse. A peine Ségolène Royal était-elle entrée en scène qu'il l'a invitée à en sortir...

Et la poignée de main entre Mme Royal et Mme Trierweiler ?
Elles n'ont pas eu le choix, il y a avait les photographes.

La presse parle beaucoup de cette rivalité entre les deux femmes. Vous mêmes vous l'évoquez dans votre livre...
C'est vrai que dans cette campagne, on parle beaucoup de bataille d'ego. S'il ne s'agissait que de cela, la question n'aurait strictement aucun intérêt. Elle devient gênante si le candidat à la présidentielle est entravé dans sa liberté d'être en fonction de ce qui se passe dans sa vie privée.

Dans votre livre, vous expliquez vos difficultés pour parler à Valérie Trierweiler, et finalement vous racontez sa fin de non recevoir en dépit de vos demandes réitérées.

Oui, nous avions souhaité la rencontrer, estimant qu'en tant que compagne de François Hollande elle est un personnage incontournable à l'avant-veille de l'élection présidentielle. Les Français, c'est une nécessité démocratique, ont le droit de savoir qui est celle qui le 6 mai prochain est susceptible d'entrer à l'Elysée aux côtés d'un éventuel nouveau président de la République. En réponse, nous avons reçu trois menaces de procès, sans jamais avoir échangé la moindre parole avec elle - l'une de la part de son précédent époux, les deux autres émanant de l'avocate de Valérie Trierweiler ainsi que de sa chargée de communication Nathalie Mercier. Curieuse façon de communiquer...

Comment expliquez-vous son attitude ?
Sans doute a-t-elle des peurs... Peur pour ses enfants qu'elle souhaite justement protéger, peur de faire une erreur qui pourrait nuire à François Hollande, peur de devoir abandonner le journalisme. C'est une femme moderne, qui a bâti son identité sur son métier. On comprend son malaise, accru par le fait qu'elle semble dans l'impossibilité d'opter pour l'un ou l'autre chemin. On en a eu une étonnante démonstration en découvrant que, carte de presse en poche, elle a également un bureau au sein du QG de François Hollande. Situation inédite, qui ne fait que renforcer le désastreux mélange des genres qui se crée parfois au sein de la sphère médiatico-politique. On ne peut pas accompagner un candidat en campagne et continuer à exercer ce métier. C'est une question de déontologie.
Valérie Trierweiler Hollande PS

Dans le portrait que vous lui consacrez, vous vous attardez longuement sur ses tweets.
Parce qu'ils sont révélateurs de sa personnalité. Elle y fait amplement la promotion de « Itinéraires », son émission sur « Direct 8 » qui vient d'être interrompue. Aussi, écrit-elle à répétition « on se branche sur Direct 8 » pour la très belle émission, pour la dernière d'Itinéraires... C'est très rare un auteur qui se décerne lui-même autant de satisfecit. Et surtout, elle donne des conseils qui ressemblent à des ordres du genre : « On n'oublie pas de... » « Reste tant de jours pour s'inscrire sur les listes électorales... ». Des pensées louables énoncées comme des diktats, ou comme le ferait une institutrice revêche. C'est dommage, mon sentiment est qu'elle n'aide pas François Hollande en étant ainsi.

Quelle est son influence sur François Hollande ?
Il semble qu'elle le conseille et le coache. C'est ce qui ressort, parfois avec un petit énervement, des propos des proches de Hollande.

Peut-elle être la Cécilia de Nicolas Sarkozy ?
L'entourage de Nicolas Sarkozy s'était plaint des incessantes interventions de Cécilia dans les affaires politiques et dans les nominations. Espérons, si François Hollande est élu, que sa conseillère de l'ombre saura rester à sa juste place. Il faut qu'elle apprenne, et vite.

Dans votre livre, vous évoquez la « terreur » que fait régner Valérie Trierweiler sur ses anciens collègues de Match.
Comme nous n'avons pas pu échanger avec Valérie Trierweiler, nous avons tenté de créer un lien avec son entourage professionnel. Elle espérait sans doute nous empêcher de faire notre travail, ce qui est inacceptable de la part d'une consœur et c'est ainsi que nous avons joint, entre autres, des journalistes de « Match ». Réponse résumée des uns et des autres, qui en dit long : « Ce n'est pas que nous ne voulons pas vous parler, mais nous ne le pouvons. Si elle devenait « première dame, il n'est pas question qu'elle devienne notre ennemie à vie », ou encore « Elle m'a envoyé un texto pour m'interdire de parler à l'extérieur. Je veux la paix », et encore « Avec elle, je suis un peu comme devant un couteau »...


Vous reproduisez un sms que vous avez envoyé à sa chargée de communication afin qu'elle vous explique la stratégie de communication de Valérie Trierweiler.
Notre demande était naturelle, la réponse à cette question faisant partie d'un droit légitime à l'information. Nathalie Mercier avait conseillé Lionel Jospin en 2002 et l'on sait avec quel succès puisqu'il fut éliminé dès le premier tour de la présidentielle pour avoir été devancé par Jean-Marie Le Pen ! Cette fois-ci, répondant à notre question, Nathalie Mercier affirme que « Valérie Trierweiler exerce purement et simplement son métier de journaliste ». Mais dans la foulée, précisément, Valérie Trierweiler entrait progressivement en campagne aux côtés du candidat PS et se voyait attribuer un bureau au sein du QG de l'avenue de Ségur ! Ce qui ne participe en rien d'une démarche journalistique.

A-t-elle des circonstances atténuantes ?
Sans doute sa situation est-elle complexe et difficile à gérer. Si François Hollande est élu, elle devra trouver un mode de relation à l'autre plus ouvert et plus généreux. Les électeurs vont avoir à voter pour un candidat, mais le rôle de celle qui l'accompagne est aussi de se présenter aux Français, et éventuellement de savoir montrer une certaine humanité. Cela dit, il n'est pas évident de trouver du jour au lendemain le juste ton.

Vous avez rencontré Carla et Valérie
Ce sont deux personnalités très différentes. Carla Bruni Sarkozy m'a reçue chez elle et a témoigné d'une évidente ouverture d'esprit. On sent en elle une certaine empathie pour l'autre. Bien sûr, elle a toujours été un personnage public et sait être et se mouvoir en toutes circonstances. Valérie Trierweiler, si le scrutin du 6 mai est favorable à François Hollande, va devoir apprendre, ce qui ne semble pas inné chez elle, à aller vers les autres.

Il y a 10 ans, auriez-vous pu faire ce livre ?
Ce même livre, non. Les femmes auxquels nous avons consacré ces chapitres ne sont pas de la même génération que les anciennes « premières dames ». Avant même de devenir « femme de » - ce qui n'est pas la meilleure situation qui soit - elles avaient un métier, une notoriété pour certaines, et des habitudes d'autonomie. Leur situation nouvelle les place dans un rôle non défini, elles qui, à juste titre, ne veulent plus tenir un rôle de potiche. Elles ne sont pas particulièrement féministes mais illustrent, chacune à sa façon, l'ère du post-féminisme C'est précisément ce basculement de vie dans lequel elles sont placées, très complexe mais très contemporain, que nous avons eu à cœur d'étudier.
Flora Hollande et Ségolène Royal en couverture du Gala de la semaine du 21 mars 2012.

Les politiques sont-ils devenus des people comme les autres ? On voit la femme de François Bayrou dans Match, la fille de Ségolène Royal dans Gala ?
Nous sommes dans une ère de peopolisation de la vie publique.... Il est normal, la société évoluant, que les us et coutumes changent. Mais le « people » est fait par essence pour distraire et faire rêver. Or la vocation d'un homme ou d'une femme politique est de s'occuper des affaires de l'Etat. Quelles que soient les époques, la fonction ne peut être dévoyée. Oublier cette évidence, c'est nier une nécessité républicaine et donc extrêmement dangereux.

PourLeMeilleurEtPourLePire_CouvBandeBD_2012Pour le meilleur et pour le pire, de Nicole Leibowitz et Elisabeth Schemla, Flammarion

 
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