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Présidentielles 2012 : qui est le meilleur candidat... sur Twitter ?

Article par Pierre Courade , le 28/03/2012 à 18h18 , modifié le 30/03/2012 à 10h05 1 commentaire

François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Nathalie Arthaud, zoom sur la stratégie digitiale des candidat à la présidentielle.

Les élections présidentielles reviennent tous les cinq ans. Autant dire une année lumière en temps web. En cinq ans, tout a changé dans l'univers du numérique. A commencer par l'émergence des réseaux sociaux. Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui disserte avec (a)Jack le fondateur de Twitter qui nous contredira...

Page Facebook, compte Twitter, profil Flickr, checking FourSquare,... Tous les candidats veulent conquérir l'Elysée en passant par les réseaux sociaux. C'est une nouveauté de cette campagne 2012. Et pour une fois, nos 10 prétendants ne sont pas en retard. En 2002, les blogs politiques (oui, le terme semble déjà dater de la préhistoire) émergeaient à peine alors qu'aux Etats-Unis, on était déjà passé à autre chose. En 2007, c'est l'apparition du Web 2.0. Les internautes/électeurs peuvent entrer directement en communication avec les équipes de campagne. C'est ce qu'on a vu exploser avec notamment la Ségosphère, allié numérique de Ségolène Royal. Et puis, cette année, les réseaux sociaux sont tous envahis par les candidats, petits ou grands.

Professionnels ou bénévoles, à chacun sa stratégie
Pour maintenir une veille efficace quasiment 24h/24 sur les réseaux sociaux, les candidats à la Présidentielle peuvent s'appuyer sur plusieurs leviers. D'abord leur équipe de campagne qui dispose d'un budget approprié pour la stratégie Web. Ils sont alors considérés comme des professionnels, nous y reviendrons. Ensuite, les moyens humains du Parti ainsi que des partis affiliés. Enfin, la contribution bénévoles des militants.
Ce schéma est assez identique pour les gros blocs UMP et PS. Il diffère légèrement dans son approche autour de François Bayrou et de Marine Le Pen. Enfin, d'autres partis font le choix de passer au tout bénévole.

Effectifs et budgets : des moyens et des objectifs différents
Dans le détail, le budget de la campagne numérique 2012 est sans équivalent avec ce qui pouvait exister en 2002. Le poste Internet va doubler : 2 millions d'euros de dépenses annoncées par les équipes de Nicolas Sarkozy et François Hollande. 700 000 euros (comme en 2007, mais avec un budget mieux rationnalisé) chez François Bayrou. Plus de 600 000 euros du côté de Marine Le Pen. 200 000 et 100 000 euros pour les campagnes d'Eva Joly et de Jean-Luc Mélenchon.
On le voit, le budget numérique est quasi-proportionnel aux courbes d'intention de vote. Mais attention : "Il ne suffit pas d'avoir un énorme budget ou d'être en nombre sur les réseaux sociaux. Le plus important c'est l'influence numérique. Le nombre de reprises, de commentaires,", explique Matthieu Lamarre, responsable de la campagne numérique de François Bayrou.
Dans l'équipe du candidat centriste justement, huit salariés travaillent à plein temps sur la campagne Web : site Internet, page Facebook, compte Twitter, stratégie numérique... Des effectifs équivalents au Front national où 8 personnes sont chargées d'animer la campagne sur le Net de la candidate Marine Le Pen, mais la plupart restent bénévoles. On est toutefois loin du tout bénévolat prôné tel un argument de campagne par Lutte Ouvrière. Le parti, et sa candidate Nathalie Arthaud, sont peu présents sur les réseaux sociaux. D'ailleurs, "il existe un compte @NathalieArthaud sur Twitter, mais on ne sait pas qui le gère ! En tout cas, on reste vigilent. Il n'a pas l'air hostile", confesse Pierre Royan, membre du service presse de LO, bénévole comme tous les « camarades » chargés de la campagne web du parti : "Ça nous coûte que dalle puisque même le site Internet a été réalisé par un bénévole ! On a simplement dû acheter un nom de domaine."

La machine de guerre 2.0
Quasiment à l'opposé, François Hollande peut s'appuyer sur une énorme machine numérique. Autour du candidat socialiste, plus de 40 personnes mobilisées en permanence pour sa campagne sur les réseaux sociaux. Sans compter les moyens du MJS, le parti des jeunes socialiste, qui a lui-seul convoque 4 salariés à plein temps et une dizaine de militants : "Cela permet de diversifier les sources de réponses sur Twitter, notamment", explique Hugo Baillet, responsable national de la communication du MJS.
Car la plupart des candidats ne tweetent pas eux-mêmes. C'est d'ailleurs, l'un des principaux enseignements de cette campagne sur les réseaux sociaux. "François Hollande envoie un texto à sa chargée Twitter pour qu'elle poste le message sur le réseau social", rapporte Hugo Baillet. D'ailleurs, les candidats « signent » leur tweet lorsqu'ils écrivent directement (ou indirectement) leurs messages. "C'est totalement absurde, répond Matthieu Lamarre. Puisqu'ils ont un compte personnel, c'est surtout lorsque quelqu'un d'autre tweete à leur place que l'on devrait le signaler !" C'est ce que fait par exemple l'équipe de François Bayrou qui signe « CM » pour Community Manager lorsque ce n'est pas le candidat qui tweete directement.

Quels messages ?
François Bayrou, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy tapent eux-mêmes leurs tweets. Là encore, l'objectif est commun à tous les candidats : se rapprocher des électeurs, "les chercher là où ils sont". Mais la stratégie est parfois différente suivant les candidats.
Le Président du MoDem a par exemple popularisé la " Tweetinterview". Une heure de dialogue avec les Twittos. Un instant consacré à répondre aux questions directement. Le reste du temps, François Bayrou se refuse de répondre aux interpellations sur Twitter.
Au Front national, l'équipe de Marine Le Pen met en avant le changement d'image du parti : " Sur Twitter, nous nous montrons tels que nous sommes", explique David Rachline, directeur de la communication de Marine Le Pen. Exemple à l'appui, une liberté de ton qui dénote avec les communiqués officiels : "C'est par exemple sur Twitter que Marine Le Pen a annoncé avoir obtenu ses 500 parrainages. Elle en a également profité pour parler du "système qui a voulu l'en empêcher". »
Les tweets de François Hollande et de Nicolas Sarkozy sont beaucoup plus policés. Donner rendez-vous à un meeting, un déplacement. Reprise de déclarations... Voilà pour l'essentiel. Le but n'étant pas pour eux de se donner une nouvelle image mais plutôt de faire connaître leur programme.

A qui ?
Le problème c'est que Twitter (qui rassemble près de 3 millions d'utilisateurs en France) comprend une sociologie assez homogène (journalistes, professionnels de la communication, urbains, jeunes,...) et pas forcément d'électeurs potentiels : " Mais cela permet aussi de désamorcer les attaques, les polémiques, beaucoup plus rapidement que si l'on devait à chaque fois passer à la radio ou à la télé." C'est en tout cas le point de vue de Thibault de Maäyer, militant UMP, à la tête d'un groupe de bénévoles qui fait campagne pour Nicolas Sarkozy sur le Web.
Le parti présidentiel est d'ailleurs le plus mystérieux sur son fonctionnement Internet. Certes comme au Parti socialiste, une équipe de campagne est assignée à cette fonction. Il n'empêche que l'UMP s'est offert les services d'un groupe belge, Emakina, dès l'été 2011. C'est cette entreprise spécialisée dans la stratégie numérique qui a réalisé le profil Facebook de Nicolas Sarkozy présentant les hauts faits de sa vie politique.
Le Président de la République tente d'ailleurs de rattraper son retard numérique. Il est une sensation partagée à droite comme aux PS que la Twittosphère est essentiellement composé de personnalités de gauche. "Ils ont su maîtriser l'outil avant nous", confie Thibault de Maäyer. "Mais dès 2009, la stratégie était claire. Elle a été énoncée par Franck Louvrier, le directeur de la communication de Nicolas Sarkozy : il n'y aurait pas de profil Twitter avant la Présidentielle." Stratégie payante puisque à peine ouvert, le compte Twitter de Nicolas Sarkozy a gagné 4 000 followers en seulement une demi-heure. Aujourd'hui, le Président sortant compte plus de 133 000 abonnés. Loin derrière François Hollande qui a ouvert son compte avant la Primaire socialiste et qui est aujourd'hui à plus de 205 000 abonnés. Pour info, François Bayrou se rapproche des 94 000 followers, Marine Le Pen dépasse les 53 000, juste devant Eva Joly qui culmine à 50 000 et Jean-Luc Mélenchon qui n'est pas loin des 39 000.

Et dans 5 ans ? Un peu de Twitt fiction
On l'a vu, Internet a totalement évolué en 10 ans. Exit les blogs, bonjour les réseaux sociaux. Et lors de la prochaines Présidentielle : " Impossible à dire", répondent en cœur les spécialistes de l'outil.
Peut-être que d'autres réseaux sociaux vont prendre le relai. Aujourd'hui, le site de géolocalisation FourSquare est encore balbutiant. On peut néanmoins trouver des « conseils » de Nicolas Sarkozy lorsqu'on se check à Europe 1 après son interview par exemple, ou au Salon de l'Agriculture après le passage de François Bayrou.
Les Français vont aussi évoluer. Tout le monde, ou presque, est aujourd'hui inscrit sur au moins un réseau social. Facebook reste compliqué pour parler au plus grand nombre à cause des « contraintes » d'amitiés ou de « J'aime ». Twitter parle à une certaine catégorie de relais d'opinion.
Rien ne pourra donc remplacer le porte-à-porte, le tractage sur les marchés. Le dialogue direct avec les gens. Ce qu'a apporté Barack Obama en 2008 dans le monde numérique, c'est l'organisation d'une campagne basée sur le Web. Elle est complémentaire avec la campagne de terrain. C'est ce que retiendront cette année les acteurs politiques de cette Présidentielle.

 
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